Chapitre Quarantième Du bourreau Quelle rue est-ce ici ? C’est la Rue des Livres (1), là où entre autres demeure ordinairement le Bourreau, exécuteur de la Haute Justice, ou le Maître des Hautes Œuvres, lequel les Allemands appellent Pendeur, Arrière-‐juge ou Tranchant-‐Juge. Quel est l’office de cet homme d’honneur ? (2) Son office est de pilorier les criminels, ou malfaiteurs, les mettre au carcan (3), les fustiger ou raffraichir les épaules avec un éventail de bouleau, les fleurdeliser, essoriller, les gêner, ou torturer ou leur donner la gêne, la torture ou la question, les pendre haut et court, les brancher, les noyer sur un noyer (4), les faire danser sous la corde, leur donner le moine par le col, les faire regarder par une fenêtre Plaque de la rue de la Question, à l’emplacement de l’ancienne tour de corde, les étrangler, qui est où l’on torturait. Le verbe diemeln la sauce, leur trancher la tête, est dérivé de dümme, « pouce », les décapiter, décoller ou faire puisqu’on écrasait les pouces. cardinaux en Grève, accourcir écrasait les pouces…. d’un demi-‐pied (5) ; rouer, tenailler, trainer sur une claie, écarteler (6), tirer à quatre chevaux, couper le poing, brûler, brûler vif, brûler à petit feu, enfumer, exposer aux bêtes, estrapader, les empaler, griller ou rôtir sur un gril, comme fut saint Laurent, écorcher vif, comme Saint Barthélémy, lapider comme Saint Etienne, crucifier (7).
Quels sont les outils ordinaires ? La verge, le carcan, l’échelle, le gibet ou la potence (8), la corde, la tranche-‐ file, une épée large et tran-‐ chante, ou un couteau affilé, une roue, des Plaque sur la tour du bourreau, à l’entrée de tenailles. la Rue Seyboth, où habitait l’exécuteur des hautes oeuvres. Quelle chiourme est cela ? Ce sont de fort honnêtes gens, les vilains. L’un a laissé les oreilles en Gascogne, pour avoir mis le bien d’autrui avec le sien. Le père de l’autre est mort du haut mal, ou du mal caduc, sa mère est morte du chaud mal, ou a été noyée dans des épines, pour s’être trop étroitement accointée du Grand Guillaume, l’autre a eu la langue percée pour avoir blasphémé et maugréé. L’autre a eu le poing coupé, pour avoir donné un soufflet à un avocat dans le Palais ; l’autre eu le fouet pour être receleur de larcins. Ce grand pendard a eu la gêne pour soupçon de sorcellerie, mais il a eu la bonne bouche (9). Notes (1)Buechergass. A l’origine, Biegergass. Le bieger était le bourreau, p.ê. de biegen, « plier ». (2) Voici ce qu’écrit L’Hermine sur la place du bourreau dans la société germanique : « Mais une autre prévention, qui nous paraît bien plus étrange, c’est que non seulement les Allemands n’ont pas d’horreur pour la personne du bourreau, au contraire, qu’il y est en quelque espèce de
vénération, on ne l’appelle que le Maître par excellence ; il est bienvenu partout, il est de toutes les fêtes et de tous les régals. Pour moi, je n’ay jamais pu m’accoutumer à la présence de cet honnête homme là ; je ne pouvais seulement souffrir qu’il me saluât en passant dans la rue. Voilà ce que produit l’opinion » (p. 194). (3) A l’angle de la Pfalz, en face de la Monnaie, se trouvaient les Halseisen. On y exposait les délinquants. Ils avaient alors pour spectacle l’horloge de la Monnaie, dont les automates leur rappelaient la proximité de la Mort. (4) On noyait les parricides en contrebas de l’actuel Musée Historique. Pour beaucoup de bannis, la peine qui les menaçait en cas de retour, était la noyade immédiate. (5) En 2013, on a appris qu’un collectionneur avait retrouvé en Belgique l’épée utilisée après 1670 par le bourreau de Strasbourg, Johann Michael Grossholtz. Elle aurait servi à exécuter 150 personnes environ. Sur la tranche, on lit : Quand je lève cette épée au ciel, puisse Dieu accorder au pauvre pécheur la vie éternelle ». Juste en-‐dessous, une roue de torture et sur la face opposée, une potence. La décollation à l’épée était le mode d’exécution le plus courant à l’époque, à côté de la pendaison. (6) L’écartèlement a longtemps subsisté. Encore dans les années 1670, un certain Obrecht y a été condamné pour une campagne de calomnies contre l’ammeister Dominique Dietrich. La peine a été commuée en simple décollation… (7) On ne connaît pas de cas d’écorchement, de lapidation ou de crucifixion à Strasbourg. Mais les juges n’ont pas manqué d’imagination pour frapper les esprits. (8) Pendant la guerre de Trente Ans, on a beaucoup pendu sur la Place des Cordeliers, mais un gibet a également fonctionné au Marais Vert (Grüne Bruch). (9) On peut se demander si ce paragraphe dépeint des réalités strasbourgeoises. Il ne faut pas oublier que Daniel Martin veut d’abord fournir au lecteur un maximum de termes techniques en français. Les termes équivalents en allemands ont par contre toutes les chances d’e provenir du vocabulaire local. On n’a pas de preuve, à Strasbourg, qu’on y a
systématiquement persécuté des sorciers. Les rares cas de fauberei attestés font de la magie une circonstance aggravante pour d’autres crimes. Source : Daniel M , New Parlament oder hunder kurzweilige ARTIN doch nutzliche gespräch Frantzösich und Teutsch, Strasbourg, chez Eberhard Tzetzner, 1660 Annexe : Le texte en allemand Vom Hencker Was ist hier für eine Gass ? Es ist die Büchergasse, darinnen unter andern der Hencker gemeiniglich wohnet. Den die Frantzosen den Richter der hohen Gerechtigkeit oder den Meister der hohen Werck nennen. Was ist dieses ehrlichen Manns Ampt ? Er muss den armen Sünder trillen, in das Halseisen stellen, steupen oder über den Besenmarckt spatziern führen (lit. « promener le condamné au marché aux balais »), mit einem Brandmahl zeichnen, die Ohren abschneiden, foltern oder strecken, an liechten Galgen hencken, auffknüpffen, oder den Münch beym Hals ziehen (« tirer le moine par le cou »), am Hanfseil erwürgen, köpffen, enthaupten, umb einen Kopff kürtzer machen, zum Dielenträger machen(lit. « transformer en porteur de planches », i.e.mettre dans un cercueil), rädern oder radbrechen, mit fangen pfetzen oder zwicken, schlaiffen oder schleppen, viertheilen, mit vier Pferden zerreissen, die Hand abhawen, lebendig verbrennen, schmaichen zu Tod beraüchen, den wilden Thieren vorwerffen, wippen, spissen, braten, wie S.Laurentz schinden, lebendig schinden, wie S. Bartolomaeus, steinigen wie S. Steffan, creutzigen, etc Welches seind seine gemeinste Werckzeug Die Rute, das Halseisen oder Pranger, die Leyter der Galgen, der Strick oder Strang daz würgschnürlein, ein scharffes Schwerdt, ein Rad und fange. Was ist das für ein Lumpengesindel ? Sie seind gar ehrliche Leut diese Unfläter. Einer hat die Ohren in Gasconien gelassen, dieweil er eines andern Gut zu dem seinen gestossen: des andern Vatter ist auf einem Nussbaum ertruncken : sein Mutter an der hitzigen
Kranckheit gestorben (« morte du mal ardent » i.e. brûlée vive) dieweil sie sich gar zu weit mit dem schwartzen Meister Hämmerlin in Kundschafft eingelassen : diesen ist die fung Gotteslästerung halben durchgestochen worden ; einem andern ist die Hand abgehawen worden weil er einem Vorsprech eine Ohrfeig auf dem Rathshauss gegeben : einer ist zur Statt hinausss gestrichen, dem andern der Buckel gefegt worden (fouetter. Lit. « balayer le dos ») als einem Diebshäler : jenen grossen Galgenvogel (lit. « oiseau de gibet ») oder Rabenaass (lit. « charogne pour corbeaux) hat man gestreckt als einen verdächtigen der Hexerey, er hat aber nicht schwatzen wollen, sondern reinen Mund gehalten.