Vue de Strasbourg d’après Wenzel Hollar au XVIIe s. L’Alsace a été un lieu de passage, une section d’un grand axe de communication Nluvial, et une terre disputée par les deux rives. Son histoire culturelle en a continuellement ressenti les effets: déplacements, brassages, acculturation, épuration… Chronologie de la vie culturelle On trouvera ici en ordre chronologique des éléments susceptibles d’éclairer la formation de l’identité alsacienne. 61 av. J.-C. Informations écrites les plus anciennes conservées concernant la région. Cette dernière est alors entièrement habitée par des Celtes. Le nord appartient aux Médiomatriques, le sud probablement à divers groupes dont les Rauraques. En Germanie, progression vers le sud des Suèves, qui s’accompagne de déplacements de populations: Triboques, Némètes, Vangions. 58 a. J.-C. César écrase au pied des Vosges le chef suève Arioviste. Les deux armées, comprennent des Celtes. L’élimination d’Arioviste permet à César d’entreprendre la conquête de la Gaule. 58 à J.C à 260. La future Alsace appartient à l’empire romain. Les populations rurales restent attachées aux traditions celtiques, mais les villes et les camps reçoivent des gens de tout l’empire : Italiens, Orientaux, etc. Toutes sortes d’acculturations ont lieu dans les deux sens. Les Triboques fournissent de la cavalerie à l’armée romaine. 260. Les Alamans apparaissent aux frontières de l’empire. Les Champs Décumates (Forêt Noire) sont perdus. Strasbourg, longtemps base arrière, redevient ville frontière.

357, septembre. Flavius Claudius Julianus, dit Julien l’Apostat, écrase à Hausbergen une armée d’Alamans commandée par Gundomar. Les deux mondes qui s’affrontent se connaissent : il y des ofUiciers francs chez Julien, et un des chefs alamans a vécu en Gaule. Gundomar est capturé et envoyé en résidence à Rome. 375. Valentinien refuse de prendre les Alamans à son service. Selon D. Geuenich, cette rupture avec Rome expliquerait leur incapacité à se constituer en royaume. 406, 31 décembre. Les « Barbares » passent le Rhin : Huns, Alains, Sarmates, Alamans. Ce sont les Alamans qui s’installent. Ils n’ont pas de roi, mais des chefs de cantons. Cette situation est unique chez les Germains qui s’établissent dans l’empire romain. Il existe effectivement une Alémanie entre Vosges et Suisse, mais elle traduit surtout une parenté culturelle. 470. Pour la première fois, les Alamans ont un roi, Gibavult, en fait un Suève. 496. Bataille de Tolbiac. Les Alamans du nord sont battus par les Francs. La limite entre Francs et Alamans en Alsace est désormais au nord de la forêt de Haguenau. D’où la présence d’un dialecte «francique». 536. Les Alamans passent de la tutelle des Ostrogoths d’Italie à celle des Francs. Ils sont toujours païens. Les rois francs vont désormais s’efforcer de les christianiser. Vaste programme, qui ne sera toujours pas achevé à la Renaissance. 539. Butilin, roi des Alamans, est reconnu comme duc par les Francs. 550 env. Arrivée à Strasbourg du premier évêque franc, Arbogast. 610. Dans la chronique du Pseudo-Frédégaire, mention des Alesaciones. La forme latinisée est Alsatii. Il s’agit des dignitaires francs au service du roi, et qui sont appelés ainsi par les derniers romanophones. La notion d’Alsace va s’étendre vers le nord et le sud. Début VIIe s. : Le Pactus Alamannorum, recueil de coutumes alamannes, est rédigé sous Clothaire II (584 – 613). 640-654. Gondoin, premier duc d’Alsace. L’Alsace devient un boulevard du pouvoir franc face aux Alamans d’Outre-Rhin. Les limites précises du duché sont malaisées à déterminer, son existence même est aujourd’hui discutée. 675. Date actuellement acceptée pour la construction du Mur Païen. Il serait contemporain d’Adalrich, duc d’Alsace (662 – 690) et père de Sainte Odile. Il

pourrait même lui avoir servi de résidence. Les fouilles récentes ont révélé la présence d’un castrum. 730 env. Rédaction de la Lex Alamannorum par Lantfrid, duc des Alamans (712 – 730). Le texte reprend le Pactus de Clothaire II, mais y rajoute des rubriques concernant les pouvoirs et privilèges des ducs et de l’Eglise. 746. Massacre à Cannstadt, des notables alamans. Fin de la résistance alamanne, le duché d’Alsace perd sa raison d’être. Il est redécoupé en deux comtés. 826. Ermold le Noir, exilé à Strasbourg, dépeint les indigènes comme des Barbares. Selon lui, les colons francs installés dans le pays sont appelés Helisaz. Le nom Alsatii a donné la forme française Alsace ; Helisaz est à l’origine de l’allemand Elsass. 842. Serment de Strasbourg. Charles le Chauve et Louis le Germanique prêtent devant le peuple (plebs) de Strasbourg deux versions du serment, en germanique (lingua teodisca), probablement du francique, et en «langue romaine » (lingua Romana). Un troisième discours est tenu en latin, pour le clergé présent. A cette date, il existe un territoire appelé Elisaza dont les limites nous échappent. Une limite existe pourtant, et c’est la seule perçue par les futurs Alsaciens: celle entre locuteurs de la lingua theodisca, et les welsch; entre les Germains et les anciens habitants de l’Empire Romain. 863-871: Otfrid de Wissembourg rédige un Liber Evangeliorum, en dialecte francique du sud. 870. Traité de Meersen. L’Alsace passe sous la tutelle de Louis le germanique. Elle apparaît sous le nom Elisatium, forme latinisée d’Helisaz. XIIe s. Konrad Puller von Hohenburg, dans un poème, mentionne l’Alsace sous le nom Elsazen lant, « pays des Elsazen ». XIIe - XIIIe s. Arrivée dans le Saint Empire de juifs chassés d’Espagne, Angleterre, d’Anjou, d’Italie du sud. Montée de l’antisémitisme. Fin XIIIe s. Dans la Chronique des Dominicains de Colmar, la région est appelée en latin Alsatia, à cause de l’Alsa, c’est-à-dire l’Ill; mais en germanique, elle est appelée Elsase, en référence à ses habitants. Fin XIIIe - début XIVe s. Fritsche Closener rédige la première chronique connue en langue allemande. 1349: Grand pogrom de Strasbourg. Les juifs sont accusés d’avoir empoisonné les puits dans toute l’Europe. Le pogrom permet d’éliminer des créanciers.

1352: Construction de la première horloge de la cathédrale de Strasbourg, en face de celle actuellement visible. 1382-1420 : Twinger de Koenigshoffen rédige une chronique de Strasbourg et de l’Alsace. 1399: Première mention d’une école latine à Sélestat. Elle deviendra un centre de l’Humanisme en Alsace. 1438: Achèvement de la tour de la cathédrale de Strasbourg. 1444: Gutenberg quitte Strasbourg après avoir tenté d’y développer une entreprise d’imprimerie (?). Il reparaît à Mayence en 1448 et s’y associe avec J. Füst. Il en sortira la fameuse Bible de 42 lignes. Dans les années qui suivent, multiplication des ateliers d’imprimeurs sur l’axe rhénan, puis en Italie, en France, en Espagne. 1501 à 1502 : L’humaniste Wimpheling et le franciscain Murner s’affrontent à propos des prétentions supposées de la France sur l’Alsace. Pour la première fois, l’histoire de l’Alsace devient un enjeu politique. Selon le premier, Charlemagne était germanique et les Germains ont de tout temps été présents sur la rive gauche du Rhin. Murner considère qu’il était français. 1517: Luther afUiche ses 95 thèses à Wittenberg. Au cours des années qui suivent, de nombreux cantons d’Alsace deviennent protestants. Le protestantisme va faire partie des spéciUicités alsaciennes. 1505 – 1562: Jörg Wickram de Colmar, aujourd’hui oublié, écrit des pièces de théâtre et des romans, traduit Ovide, fonde une école de chanteurs. 1534. Peter Dasypodius, père du concepteur de l’horloge de Strasbourg, publie un dictionnaire latin - allemand. En inventant des traductions de termes latins, il enrichit le vocabulaire allemand. 1538: Fondation du Gymnase par la municipalité de Strasbourg. 1544: Sébastien Münster évoque la présence de nombreux « étrangers »: Souabes, Bavarois, Savoyards, Bourguignons, Lorrains, venus travailler la terre. 1552 : Transaction de Passau. Première occurrence du principe résumé ensuite sous la forme : cuius regio, eius religio. Nombre de populations alsaciennes vont se voir imposer la religion de leur seigneur.

1575: J. Fischart, dans sa Geschichtsklitterung, proteste contre la vogue des noms étrangers, et donne un petit état de la question en Alsace. 1576 : D. Specklin dresse la carte de l’Alsace. On y trouve les noms des localités sous leur forme populaire. L’Alsace ne comprend pas vraiment le Sundgau et le nord, de dialecte francique. 1574: Construction de l’Horloge astronomique de Strasbourg par une équipe « internationale », en fait suisse: Dasypodius, Herlin, Habrecht, etc. 1578-82: Th. Uhlberger construit une aile de l’Oeuvre Notre Dame en style Renaissance rhénane, d’inspiration locale. 1582 - 85: A Strasbourg, Hans Schoch construit le Neue Bau de la place Gutenberg. C’est le premier bâtiment inspiré de la Renaissance italienne. Il se heurte aux milieux conservateurs de la ville. 1592 : Bernhard Hetzog rédige un Chronicon Alsatiae. Un recueil de généalogies, à moitié mythique. On y traite de l’identité alsacienne, mais c’est celle des élites, d’où son autre titre : Edelsasser Chronick. 1617: Le Prince Ludwig von Anhalt-Cöthen fonde la Fruchtbringende Gesellschaft, une société pour la puriUication de la langue allemande et le développement de la littérature. H.M.Moscherosch en fait partie sous le nom Der Träumende 1618 - 1648: Guerre de Trente Ans. L’Alsace devient un désert littéraire.Il faudra attendre la Uin du XVIIIe s. pour voir reparaître les dialectes supplantés par l’allemand de Luther. 1637 : Daniel Martin publie Le nouveau parlement, un traité de conversation française. Il illustre l’intérêt nouveau des Alsaciens pour cette langue. On est en pleine Guerre de Trente Ans, mais l’intérêt pour la langue française date au moins de l’arrivée de réfugiés protestants au XVIe siècle. 1642-43 : Hans Michael Moscherosch, dans Gesichte Philanders von Sittenwald, critique la gallomanie. Il met en scène Arioviste, qui s’en prend aux modes venues de France. 1675 , 5 janvier. A Turckheim, Turenne bat une armée austro-brandebourgeoise supérieure en nombre. Les habitants de la bourgade eurent à subir des exactions de la part des Français. 1681 : Ulrich Obrecht, l’année de la capitulation de Strasbourg, publie une Introduction aux choses de l’Alsace (Rerum Alsaticarum prodromus). L’ouvrage

prévu ne sera jamais publié, et l’auteur deviendra un zélé partisan de la France à Strasbourg. 1681: Culture. Les parents ne portaient pas un grand intérêt à la scolarisationde leurs enfants, surtout pas dans la campagne ; seul le quart ou le tiers des enfants prenait part à l’enseignement. Pour l’ensemble des sept paroisses protestantes à Strasbourg en 1683, le taux des enfants d’âge scolaire qui se rendait en classe varie entre le quart et la moitié En 1700, le taux d’alphabétisation masculin était à Strasbourg d’entre 60 et 80%, dans les bourgades catholiques d’entre 35 et 45%, et dans les villages catholiques d’entre 25 et 40%. Partout, sauf dans les zones francophones, l’allemand restait la langue d’enseignement. 1685 : Obligation d’adopter le costume français, pour les fonctionnaires de Strasbourg. La mesure est étendue aux paysans du Kochersberg. Le but est de « franciliser » les autochtones. 1681 – 1740 env. Une politique active de francisation et de re-catholicisation est menée. 1697 : Schilter publie Jakob Twinger, l’année du traité de Ryswick, qui sanctionne l’annexion de Strasbourg. 1720 ? Benoit Maugue, médecin militaire, fait des Alsaciens une description purement médicale et psychologique. Chez lui, « Alsacien » signiUie simplement «habitant de la province d’Alsace ». Une approche de cartographe. 1727 : Louis Laguille, jésuite, rédige une « Histoire de la Province d’Alsace ». Il s’efforce de faire de l’Alsace le berceau de la monarchie française, aUin d’en justiUier l’annexion. Dans sa réécriture de l’histoire locale, il fait donc disparaître les Alamans. 1727 – 1742 : De Cotte construit le Palais Rohan. Les nobles sont censés se construire des hôtels urbains à la française. 1731 – 1736 : Construction de l’hôtel de Hanau, actuelle mairie. 1744 : Visite de Louis XV à Strasbourg. On masque les maisons du quai des bateliers avec une fausse façade néo-classique à la française. Pour la première fois dans les festivités apparaissent des Alsaciennes en costume. Ce façadisme se poursuivra jusqu’au XIXe s. 1750 ? La population de Strasbourg est désormais à moitié catholique

1765 : Blondel entreprend de franciser l’urbanisme de Strasbourg, notamment en plaquant des façades néo-classiques sur des maisons à pan de bois. Il entame à peine son projet. Seul vestige: l’Aubette. L’ancienne Pfalz est détruite. 1770 – 1771 : Séjour de Goethe à Strasbourg. Il fait du style gothique une deutsche Kunst, dont Erwin von Steinbach serait le champion. 1771: Cerf Berr, notable juif, achète l'Hôtel de Ribeaupierre, sous un prète-nom. A la mort de ce dernier, il exhibera ses droits de propriété, et devra engager avec la ville une procédure qui ne s'achèvera qu'avec l'obtention des droits civiques aux Juifs. 1772 – 1778 : Jean-Laurent Goetz entoure la cathédrale de Strasbourg d’une galerie en style néo-gothique. C’est clairement une réaction contre le néoclassique, considéré comme le « style national ». 1775 : Johann Andreas Silbermann, Lokalgeschichte der Stadt Strassburg. 1784: Dénombrement des Juifs d'Alsace en 1784, leur nombre était passé à près de 20,000 âmes, soit 3910 familles dispersées dans 386 localités de la Province. 1789: Arthur Young, grand propriétaire terrien britannique, qui voyage à travers l’Europe, descend le col de Saverne et découvre l’Alsace: pour lui, cette terre est évidemment germanique. De quel droit Louis XIV s’en est-il emparé ? 1790 , 26 février: Création des départements. Le terme Alsace disparaît, dans la littérature administrative et historique. L’actuel territoire de Belfort fait alors partie du Haut-Rhin. Le sort des juifs d’ Alsace reste en suspens, face à l’hostilité des populations. Il ne sera réglé qu’à la Uin de la Législative. 1792 : J. Friese écrit une Nouvelle Histoire Patriotique de l’ancienne Alsace. Les Alsaciens n’apparaissent pas sous ce nom, mais ils sont largement mis en scène et parés de toutes les vertus républicaines. 1793, novembre: Face à l’invasion austro-prussienne, contre-offensive française. Grande Fuite des populations catholiques craignant des représailles des jacobins. 1793, 29 décembre. Les envoyés en mission décrètent l’ouverture d’écoles gratuites dans chaque commune du Bas-Rhin pour répandre le français. Le projet échouera par manque de moyens et par l’opposition sourde de nombreux villages. 1794, 27 janvier. Le projet est étendu à toute l’Alsace rurale, sans grand succès.

1794 : Projets de déplacements de population pour franciser les Alsaciens Discours du maire F. Monet devant le club des sans-culottes réduits aux seuls francophones. 1801, 15 juillet. Concordat. L’Etat français salarie les prêtres et contrôle donc les Eglises. 1803: Joh. Peter Hebel publie ses Alemanische Gedichte 1809 : Enquête de l’administration française sur l’Alsace, sur son dialecte. 1809 : Séjour de C.J. Cadet Gassicourt à Strasbourg. Il relève qu’après 120 ans de présence française, tout y est resté germanique. Il met en garde les souverains qui vendent leurs sujets comme des troupeaux, « sans savoir de combien de principes se compose ce qu’on appelle patrie ». 1816 : D. Arnold publie le POingstmontag, une pièce de théâtre en alsacien. Il n’a cessé de recueillir des expressions alsaciennes. Il nous offre une descente à travers les niveaux de langage, selon les milieux sociaux le degré de culture et l’origine des personnages. 1819: J.F. Hermann dans ses Notices, défend l’alsacien, tombé au rang de langue orale et considéré comme un patois ou un jargon. Il rappelle qu’avant d’être évincé par l’allemand littéraire, il a produit des textes poétiques et juridiques. C’est Hermann qui invente le terme de « glottophobie ». 1826 : Statistique. L’Alsace fait partie du quart nord-est de la France, fortement scolarisé. Cela ne signiUie pas qu’elle est massivement bilingue. 5,6,1826. Funérailles du pasteur Oberlin à Fouday. Par son ambivalence francoallemande, il est le représentant précoce du Deutsch-Franzosentum des Alsaciens. 1838: Dans sa publication des poêmes de D. Hirtz, Edouard Reuss proclame son attachement non seulement à la langue allemande, mais aux valeurs germaniques: foi, volonté, Uidélité, qui constituent le patriotisme. Un seul peuple habite les deux rives du Rhin. Les auteurs doivent trouver les racines de notre vraie liberté dans leur germanité (die Wurzel der wahren Freiheit in unsrer Deutschheit zu Oinden). 1842 : La publication du Sagenbuch de Stoeber marque la résurgence du peuple dans la littérature. Son frère Adolphe Stoeber rédige le Hans im Schnokeloch, une fable moralisante. Son personnage central sera réinterprété après 1870 et en

1914-18 à la lumière du contexte, en un héros alsacien déchiré entre deux patries. 1860 : Le français commence à s’imposer comme langue d’enseignement en Alsace. 1870 : Theodor Mommsen justiUie dans un journal italien, l’annexion de l’Alsace-Moselle par la composante germanique de l’identité locale. Réponse de Numa Fustel de Coulanges, qui fonde cette appartenance par une volonté collective. Renan, qui jusque-là avait la même position que Mommsen, s’aligne sur Fustel. Adolphe Stoeber, père du Hans im Schnokeloch, attribue à l’Alsacien, deux mères. La mère-patrie politique, la France; une autre, morale et nourricière, l’Allemagne. Il se plaignait de la politique de dégermanisation menée par la France, et se réjouit de l’introduction de l’instruction obligatoire. Elle permettra au peuple, encore massivement germanophone, de discuter avec la nouvelle administration. 1871 : L’allemand devient langue administrative. Il n’y a pas de germanisation massive : le monde de Bismarck n’est pas celui d’Hitler. Instauration d’une Instruction publique contrôlée par l’Etat, comme en Prusse depuis 1854. Arrivée massive d’enseignants allemands pour remplacer les congréganistes et les optants. Dans les premières années, l’Allemagne pratique une politique de Kulturkampf, contre l’inUluence de l’Eglise. En 1887, dans l’école élémentaire, 80% des enseignants sont alsaciens. En lycée, la majorité est allemande, comme pour l’ensemble des cadres. L’ Alsace-Moselle, d’abord Generalgouvernement, devient Reichsland. 1871 - 1872: Traité de Francfort. « Les sujets français, originaires des territoires cédés, domiciliés actuellement sur ce territoire, qui entendront conserver la nationalité française, jouiront jusqu'au 1er octobre 1872, et moyennant une déclaration préalable faite à l'autorité compétente, de la faculté de transporter leur domicile en France et de s'y Uixer (…). Ils seront libres de conserver leurs immeubles situés sur le territoire réuni à l’Allemagne." Près de 130 000 personnes signent, mais seulement 50 000 partent réellement. Il y a parallèlement une immigration allemande: en 1875, présence de 39 000 Alt- Deutsche. Sur les 40 000 juifs d’Alsace, 10 000 émigrent. Mais 2 500 viennent d’Allemagne. 1884: Inauguration de la Kaiser Wilhelm Universität de Strasbourg. Elle s’adresse essentiellement aux élites. 1892 : Création de l’Ecole des Arts décoratifs. Le directeur A. von Seidel est un champion de l’Art Nouveau.

1895 : L’exposition industrielle et artisanale de Strasbourg offre l’occasion de montrer aux visiteurs les réalisations allemandes dans la ville nouvelle. A la gare, deux fresques montrent d’un côté Frédéric Barberousse faisant déposer les insignes impériaux à Haguenau, de l’autre Guillaume Ier visitant Oberhausbergen. Il s’agit d’établir une continuité entre le Saint Empire et l’Allemagne wilhelminienne. 1897 – 1905 ? Fonctionnement du Kunschthaafe, autour d’Auguste Michel, producteur de foie gras à Schiltigheim. Il regroupe des gens aussi divers que G. Stoskopf, Ch. Spindler, P. Bucher, E. Sattler, etc. On y trouve des francophiles à côté des germanophiles et des gens simplement attachés à l’Alsace. Le glottonyme « alsacien/elsaessisch » apparaît de plus en plus fréquemment chez des intellectuels et des artistes désireux de s’auto-identiUier, de s’autoborner par rapport au monde allemand. Il sera adopté chez les locuteurs dialectaux après 1919 pour nommer leur propre langue. Dans les classes populaires, le nom du dialecte local reste elsaesserditsch, c.a.d. « variante alsacienne de l’allemand », cf. «schwitzerdütsch, jüdischdütsch ». 1898 : Création du Théâtre alsacien par Gustave Stoskopf. Erection d’un monument aux Stoeber à Strasbourg. 1898: Inauguration de la Grande Synagogue Consistoriale de Strasbourg. Petit rappel: la même époque, l’affaire Dreyfus sévit en France. 1898: Gustave Stoskopf fait jouer pour la première fois D’r Herr Maire. On y rencontre le docteur Freundlich, un ethnologue allemand venu étudier les Alsaciens et leur langue. Stoskopf en proUite pour jouer sur les expressions les plus croustillantes du dialecte. 1899 : A Strasbourg, l’ancienne Boucherie devient Musée des Arts Décoratifs, sous le patronage du Gouverneur Von Hohenlohe. 1899 : E. Martin et H. Lienhart publient le monumental lexique Wörterbuch der Elsaessichen Mundarte, qui reprend les travaux des Stoeber. 1905 : En France, séparation de l’Eglise et de l’Etat. L’Alsace - Moselle étant allemande, le Concordat s’y maintient. L’Etat a en fait renoncé à déconfessionnaliser l’école. 1906: G. Stoskopf écrit D’r HoOlieferant, une comédie qui va le brouiller avec Auguste Michel. Il met en scène une famille alsacienne prise entre Allemagne et France. Monsieur Grinzinger (prononcer à la française), représentant en produits alimentaires, et dans lequel on peut reconnaître Auguste Michel, cultive des relations des deux côtés. La complexité et les doubles jeux qui s’installent

Uinissent par exploser et permettent un repli sur les valeurs locales, bien alsaciennes. 1910 : Le français est enseigné dans les écoles dont plus de 20% d’élèves sont de langue française. Si la proportion est inférieure à 50%, on apprend d’abord à lire et écrire en allemand, mais il y a 5 heures/semaine en français. Si la proportion de francophones est supérieure à 50%, on apprend d’abord à lire et écrire en français. L’horaire de français est de 7 h/semaine. 1910: Au tournant du siècle, entre 9 et 11% de la population étaient des Vieux- Allemands. En 1910, les immigrés représentaient un sixième de la population en Alsace. Ils habitaient principalement dans les villes, ils constituaient par exemple 40% de la population strasbourgeoise. En même temps que le dialecte demeurait la langue quotidienne de la plupart des Alsaciens, l’allemand dominait la vie publique. L’important progrès de l’allemand au cours des quatre décennies fut manifesté au recensement de 1910 ; le taux de la population francophone était de 6,1% en Haute-Alsace, et de 3,8% en Basse-Alsace. 1911 : Octroi d’une constitution particulière du Reichsland. 1913, 28 octobre: Début de l’affaire de Saverne avec les provocations du Lt. Forster. Derrière lui, les militaires, qui trouvent le gouverneur Von Wedel trop accommodant avec les Alsaciens, et s’apprêtent à reprendre la main. 1914 : Début de la Ie Guerre Mondiale. Les Alsaciens servent dans l’armée impériale. A Thann, promesse de Joffre. «La France vous apporte, avec les libertés qu’elle a toujours représentées, le respect de vos libertés à vous, des libertés alsaciennes, de vos traditions, de vos convictions, de vos mœurs ». Les autonomistes s’en sont souvent prévalus, mais Joffre parlait-il des institutions mises en place par l’Allemagne ? Et quelle était sa légitimité à faire ces promesses ? 1914-1918 : Dictature militaire allemande. On essaie d’éradiquer les traces de culture française. 3 300 proscrits. On germanise les noms, les prénoms, les rivières et les montagnes. En quelques années d’excès, les militaires s’aliènent l’opinion publique locale. 1918, 11 novembre. Armistice. Il est prévu que les troupes françaises entrent à Strasbourg 10 jours plus tard. 1918, 21 novembre. Arrivée des troupes françaises. Dans les jours qui précèdent, compétition entre divers groupes politiques, dont les autonomistes institutionnels ou les neutralistes. Déménagement massif des Allemands. Institution des 3 modèles de carte d’identité et mise en place de commissions de triage.

1918 - 1919: Expulsés de l’Alsace, 30 000 Allemands quittèrent la région entre octobre 1918 et avril 1919, et 70 000 Allemands partirent volontairement. Ils ne pouvaient emporter que trente kilos de bagages, et deux mille marks chacun. Entre novembre 1918 et novembre 1919, 30 000 Allemands quittèrent Strasbourg. En même temps, à peu près 30 000 Allemands, en majorité des femmes, décidèrent de rester en demandant la naturalisation française. 1919, 22 novembre: l’université de Strasbourg est solennellement inaugurée par le président de la République française Raymond Poincaré. Multiplication des monuments aux morts. Certains à des « morts pour la Patrie » (laquelle ?); d’autres « à nos morts »; l’Eglise catholique prend en charge les deuil des familles souvent sous l’égide de Jeanne d’Arc. 1919 – 1924 : Bloc National en France. Départementalisation et démantèlement du Reichsland. L’Eglise n’est pas menacée dans ses intérêts et ne bouge pas trop. 1919 : L’école. Des dénonciations envoient souvent des instituteurs devant des commissions de tri, composées d’ofUiciers de l’armée et d’Alsaciens « revenants »… 37 % des instituteurs de Strasbourg sont révoqués… En fait, la France avait prévu le remplacement de 70 % du personnel en révoquant ou en mettant à la retraite les Allemands ou les Alsaciens jugés germanophiles classés comme suspects au point de vue national. Ensuite, remplacer ces départs par des instituteurs et des institutrices capables de tenir compte des spéciUicités régionales. Près de 1 500 maîtres arrivent en Alsace, mobilisés par les discours patriotiques, incités aussi par des indemnités, des allocations et trouvant une réalité locale souvent différente à leurs aspirations… Deux corps de fonctionnaires sont alors constitués : ceux qui sont issus de l’intérieur (qui constituent le cadre national) ; ceux qui présents avant 1918 dépendent du cadre local. 1924 : Arrivée au pouvoir du Cartel des Gauches. Herriot annonce qu’il mettra en place toute la législation française. Réaction massive du monde catholique, derrière Mgr Ruch. 1926. Formation du Heimatbund, en réaction à la politique française. Il fédère des autonomistes de tous bords, et des intérêts très divers. 1927, Noël : arrestation des dirigeants autonomistes. On leur fait un procès à Colmar. Nombre d’entre eux seront acquittés. 1933. Hitler prend le pouvoir. Une partie des autonomistes est fascinée par le nazisme. Les autres, plutôt de tradition catholique, prennent leurs distances.

1940. Les Alsaciens prisonniers sont libérés à condition de se reconnaître comme Stammesdeutsch. Obligation de constituer un Ahnenpass. Les Nanziger sont libérés de la prison française par les Nazis et recyclés. 16 août 1940. L’allemand redevient la langue administrative. 1940 – 1944. Suspension du Concordat. La cathédrale de Strasbourg, d’abord proposée aux protestants, est fermée. Projet d’en faire un musée patriotique allemand. 1942, 25 août. Début de l’incorporation de force des Alsaciens-Mosellans. Sur 130 000 recrutés, il y aura 20 000 tués, 11 000 disparus, 10 000 blessés graves. 1945-46: Epuration. Des milliers de personnes passent devant des tribunaux. 8 300 condamnés. Les peines seront amnistiées en 1951 et 1953. 1946- 1992. Le cabaret satirique Barabli, lancé par Germain Muller fonctionne à Strasbourg. 1949 : Dans sa pièce EnOin, redde m’r nimm devun, il retrace les tribulations d’une famille alsacienne pendant la guerre. 1968 : Fondation de la René Schickelé Gesellschaft 1985: le Recteur Pierre Deyon rappelle ceci: « Il n’existe (…) qu’une seule déUinition scientiUiquement correcte de la langue régionale en Alsace, ce sont les dialectes alsaciens dont l’expression écrite est l’allemand. L’allemand est donc une des langues régionales de France » (« Le programme langue et culture régionales en Alsace/Bilan et perspectives », 1985) 1994 : Fondation de l’OLCA, OfUice pour la Langue et les Cultures Locales. 1996 : Création d’ABCM fweisprachigkeit, Haguenau. 2009 : Création de Unser Land, fusion de l’Union du Peuple Alsacien / Elsaessische Volksunion et de Fer’s Elsass, association de jeunesse. 2012: D’après un sondage de l’OLCA, en 2012, 43% des habitants se disent dialectophones; ils étaient 61% en 2001; 91% en 1946; 95% en 1900. Lorsque ce dialecte aura disparu, pourra-t-on encore parler d’identité alsacienne ? 2016, 1er janvier : Création du Grand Est.

2019 : Création de la Collectivité Européenne d’Alsace. Entrée en fonction en 2021, 1er janvier. 2021 : Un sondage de l’IFOP commandé par le Grand Orient de France sur le Concordat, montrerait que 52 % des habitants sont hostiles au Concordat. Il vient d’y avoir attribution publique que 2,5 M d’euros à la mosqué d’Eyyub Sultan. 2021 : Le 14 octobre 2021, le député Yves Hemedinger lance l’idée d’un enseignement de l’histoire locale. Soutien des milieux régionalistes. Opposition des institutions scolaires et des auteurs nationalistes français. 2022 , 12 et 19 juin: Elections législatives. Unser Land plafonne à 5 %. Cette chronologie est incomplète. Toute contribution est bienvenue.