Un épisode peu connu de la vie de la Cathédrale… Muppet show à la cathédrale de Strasbourg (Juste une notule)1 L orsqu’en 1681, Strasbourg capitule devant les troupes françaises, il est bien entendu dans le texte de la capitulation, que les luthériens pourraient continuer à célébrer leur culte. Or, Louis XIV, qui, abolira l’Edit de Nantes en 1685, est bien décidé à recatholiciser la ville. Il y aura une politique tenace dans ce sens. Elle s’appuiera pour l’essentiel sur l’immigration depuis les cantons catholiques. Au milieu du XVIIIe siècle, c’est chose faite : la moitié de la population est désormais catholique. A côté de l’immigration de catholiques, la royauté pouvait compter sur la réintroduction du culte romain à la cathédrale et une série d’églises de la ville, et sur l’activité des jésuites. La communication politique ou religieuse a toujours su s’appuyer sur des scénographies. C’est vrai à tous les niveaux, national ou local. En voici un exemple.
Depuis des années, ces derniers étaient basés à Molsheim, où ils faisaient tourner une université qui se voulait la rivale de l’Académie protestante de Strasbourg. Une fois réintroduits en ville et dotés d’un collège, ils n’ont cessé de combattre le protestantisme. Ils Winirent par être dissous par Louis XV et expulsés en 1765. Or, en 1771, le Prussien Laukhard a encore des échos de leurs méthodes : « A l’époque des Jésuites, tous les dimanches après-midi, il se tenait à la cathédrale une prédication polémique. La populace participait avec ardeur à ces prestations, qu’elle applaudissait souvent bruyamment. Ces prêches étaient menés par deux Jésuites. L’un défendait la doctrine de l’Eglise du haut de la chaire. L’autre, à ses pieds, tenait le rôle de défenseur des protestants. Il y avait des quolibets, du bruit. La populace ne cessait de rire. Les malheureux protestants étaient toujours les perdants » (*). Le lecteur l’aura compris, il n’y a pas deux acteurs, mais un seul, le bon père juché sur la chaire de Geiler, qui utilise son compère comme un ventriloque emploie sa marionnette ou comme un bouffon dialogue avec sa marotte. Le public est acquis d’avance, il est évidemment catholique. On peut parier que les arguments théologiques se réduisaient à peu de chose et que les positions des protestants ne devaient pas êtres reproduites avec une grande Widélité. La chaire où Geiler avait jadis prêché était devenue un castelet. Ces messieurs n’avaient en fait rien inventé. Déjà dans l’Antiquité, à Athènes, Platon avait mis en scène Socrate dans des dialogues où il avait comme vis-à-vis un autre philosophe dans le rôle du faire-valoir. Evidemment, Socrate avait toujours le dessus sur son interlocuteur, qui Winissait par passer pour un incompétent. Pierre Jacob Source (*). F. C. Lauckhards Leben und Schicksale von ihm selbst geschrieben und zur Warnung für Eltern und studierende Jünglinge herausgegeben, Halle, 1792, T. II, p.